De Murat à Laveissière
Ce petit coin de vallée de l’Alagnon se nommait autrefois Vallagnon, et c’est d’ailleurs ainsi que l’on nomme les habitants de Laveissière : les Vallagnons. Avec ce tracé, on marche souvent à côté de la rivière, et si on s’en éloigne, elle reste presque toujours en vue. Forêts, cascades, histoire, patrimoine et « petite cité de caractère » au programme !

Itinéraire
L’arrivée à Murat se fait sur la route D926, qui à cet endroit, correspond aussi à l’itinéraire du fameux GR 400, « tour du volcan cantalien ». L’étape décrite dans cette page fait le choix de rester au plus près de la rivière, dans un environnement naturel. Mais la petite cité murataise mérite qu’on arpente ses charmantes ruelles médiévales. Depuis le centre-ville, il est même possible de faire la jonction au niveau du cimetière (voir plus bas) en suivant la trace du PR du Tour d’Empourime.




Très temporairement, c’est donc un balisage rouge et blanc qui nous accompagne sur le trottoir en pente douce jusqu’aux berges de l’Alagnon. Près du pont Notre-Dame, une plaque commémorative indique qu’en ce lieu furent réunis 120 habitants de Murat pour une déportation en camp de concentration les 12 et 24 juin 1944. Cet acte de représailles allemandes faisait suite à un acte de résistance des maquisards muratais, ayant entraîné la mort du capitaine SS Hugo Geissler. 86 déportés moururent dans les camps, marquant la ville d’un traumatisme dont le souvenir est entretenu en plusieurs lieux, parmi lesquels un Mémorial des déportés de Murat (visite sur rendez-vous).
Depuis le pont Notre-Dame, le GR 400 grimpe dans la forêt jusqu’à couper un chemin qui redescend en direction du camping de Murat. C’est là notre itinéraire, mais il y a tout de même intérêt à faire un petit crochet vers l’église Saint-Pierre de Bredons, 200 mètres plus loin et 30 mètres plus haut. Datant du XIe siècle, elle est bâtie sur un dyke basaltique, dont le sommet marqué d’une croix peut être atteint au prix d’un court effort supplémentaire (vue extraordinaire).


Sa toiture ayant été mal restaurée dans les années 1990, l’église est en travaux depuis 2023, mais le chantier devrait s’achever en 2025. Décidément malchanceuse, elle fut également pillée en 2002. L’association des Amis de Bredons défend avec force son patrimoine martyre, et il est même possible de la soutenir via cette page de la Fondation du Patrimoine.




Bruit de fond ?
Un ronronnement mécanique se diffuse dans les parages. Il provient de l’usine Imerys de Murat, sise à proximité, du côté de la gare. Imerys, multinationale minière, exploite en effet les gisements locaux de diatomite. Localement, l’entreprise fait beaucoup parler d’elle, avec son projet d’ouverture prochaine d’une carrière dans la narse de Nouvialle, zone humide classée Natura 2000, non loin d’ici.
Un collectif de plus de 3300 citoyens (ce qui fait beaucoup pour ce petit coin du Cantal) milite activement pour défendre cet espace naturel aussi précieux que fragile. Face à eux, la logique économique d’Imérys bien sûr, mais aussi l’inquiétude d’une partie des élus (une partie seulement) face au risque de fermeture de l’usine, sur un territoire qui peine déjà à maintenir son attractivité et sa démographie.
Doit-on, encore et toujours, fermer les yeux sur les impacts environnementaux au nom de l’économie ? Le jour même où sont écrites ces lignes, un procès s’ouvre contre Imérys suite aux graves pollutions engendrées par ses activités en Amazonie (lire l’article sur reporterre.net). Quant à moi, je prends position sur le sujet dans mon blog rural.
Étant redescendu de Bredons, nous longeons le camping jusqu’au bout, et butons contre le remblais de la voie de chemin de fer, où passe un petit sentier. À droite, direction Intermarché (ça peut servir…), à gauche, la suite de l’itinéraire. Nous rejoignons donc la rive gauche de l’Alagnon, et passons sous le pont SNCF qui enjambe la rivière, pour déboucher finalement sur la route D39. En face de nous, le cimetière, que nous allons contourner par le haut, en bordure de la RN 122. À présent, nous suivons le balisage du PR Tour d’Empourime.




Messieurs les Anglais, tirez les premiers !
Cette portion du chemin nous procure de belles vues sur le château d’Anterroches.
En 1710, ce château vit naître Joseph Charles Alexandre d’Anterroches, comte d’Anterroches. Dans son Précis du siècle de Louis XV, Voltaire relate que le comte, devenu colonel des armées du roi, se moqua des Anglais durant la bataille de Fontenoy en 1745 avec cette phrase : « Messieurs les Anglais, tirez les premiers ! ». Si cette réplique est entrée dans la postérité, le nom de son auteur muratais a été depuis été oublié…
En redescendant vers la rivière, nous retrouvons les panneaux indiquant que cette portion de l’itinéraire est en cours d’aménagement par Hautes Terres Communauté, dans le cadre du projet de liaison cyclable Massiac-Le Lioran (voir aussi l’étape précédente de Neussargues à Murat). D’ailleurs, lorsque le PR tourne soudain à gauche, via un ponton sur l’Alagnon, il est tout à fait possible de continuer tout droit et de rejoindre Chambeuil par cette future piste cyclable. Les deux options ont leur charme…




Bientôt, c’est le ruisseau de Chambeuil qui nous guide vers le village. L’itinéraire le plus direct pour atteindre Laveissière, notre prochain objectif, consiste à traverser le hameau pour rejoindre la D139 en contrebas. Après 300 mètres au bord de la petite route, juste avant le pont (petite aire de pique-nique sur la rive d’en face), nous trouvons une large piste sur la gauche. Nous l’empruntons volontiers, et cheminons agréablement en bordure de rivières.




Variante par le moulin et les cascades de Chambeuil
Le village de Chambeuil étant réputé pour son moulin et ses cascades, pourquoi pas un petit (voire un grand) détour ?

Prenons donc la route qui monte à travers le village, et passons sous la ligne de chemin de fer, pour trouver le parking du moulin de Chambeuil. Modeste, mais charmant, ce moulin construit en 1811 a été récemment restauré. De tumultueuses cascades dévalent tout autour, longées par un chemin qui grimpe fort le long du ruisseau de Chambeuil.




Première option : redescendre au village pour retrouver l’itinéraire initial. Deuxième option : prolonger le détour en passant par Combrelles.
Dans ce second cas, dret devent, cap amont ! L’étroit sentier s’élève sans concession vers la grande cascade de Chambeuil. En réalité, une seconde cascade se cache derrière cette première cascade, mais elle est difficile à apercevoir. En revanche, elle s’observe facilement, filmée au drone, dans cette vidéo de la chaîne YouTube Cascades de France.
Quoi qu’il en soit, étant parvenu à la première cascade, pas le choix : il faut rebrousser brièvement chemin pour emprunter la bifurcation fléchée « PR » et « Retour au parking » (le chemin de la montée s’avérant trop raide pour redescendre paisiblement).




Le discret sentier zigzague rudement à flanc d’une pente raide, au milieu de la forêt, avant de s’adoucir enfin et rejoindre la petite route de Chambeuil. Petit à petit, la route s’aplatit, le brouhaha des cascades s’estompe, mais déjà, il faut tourner à droite en direction de Combrelles (donc, ne pas continuer en direction des Gazelles sur l’itinéraire VTT n°5).
Le goudron s’efface à nouveau pour laisser place à un chemin creux qui annonce la redescente vers le fond de la vallée. Peu après avoir rejoint une piste plus large, une incongruité nous attend : le chemin forestier est coupé par un passage à niveau ! Il n’est pas si fréquent de trouver un signal automatique sans aucune route à l’horizon…




Le chemin finit par rejoindre la D139, puis le pont sur l’Alagnon où l’on retrouve l’itinéraire standard en direction de Fraisse Bas.
Avant d’enjamber l’Alagnon, pourquoi pas s’offrir un morceau de Cantal à la ferme (suivre le fléchage), afin de le déguster sur l’aire de pique-nique délicieusement ombragée ? Pause fromage ou pas, l’itinéraire emprunte ensuite un petit tunnel sous la RN 122 (ne surtout pas traverser au stop !), passe par la charmante cabane abribus de la navette du Lioran, puis remonte à travers le hameau de Fraisse Bas par la rue du travail à ferrer.




Il faut alors tourner à gauche sur la D139 puis bifurquer à droite quelques mètres plus loin sur le chemin du Pradel, qui très vite se fait large sentier et prend de la hauteur parallèlement à la route, offrant des vues panoramiques sur la vallée et les montagnes que nous arpenterons bientôt.


Variante par le moulin et les cascades de Chambeuil
Finalement, quelques mètres de bitume réapparaissent, le temps de traverser un pont de plus sur l’Alagnon. Un nouveau sentier démarre juste après, qui longe au plus près la rive droite de la rivière… mais aussi la sempiternelle RN 122. Tout autour, se déploient les immenses forêts du Lioran, qui firent l’objet d’un procès hors norme durant presque deux siècles ! En 1669, les villageois réclamèrent devant la justice, contre les seigneurs de Laveissière, un droit d’usage de ces forêts. Et ce n’est qu’en 1850 qu’ils remportèrent le procès !




Quelques années plus tard, en 1866, les Vallagnons purent ainsi financer la construction de l’église Saint-Louis par la coupe de 300 sapins. Une anecdote qui tombe à pic, puisque bientôt, le clocher se devine derrière les arbres, sur l’autre rive…
Plus loin, au village, toutes les commodités sont au rendez-vous : hôtel, camping, bar, épicerie, et même, l’été, une petite piscine municipale en plein air ! En passant dans la rue principale, on peut remarquer la plaque qui commémore la reconstruction de l’ancienne poste suite à sa destruction par l’armée allemande lors de la bataille du Lioran en août 1944.
